Que faire la nuit en urgence avec un patient en soins palliatifs ?

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Le 06 novembre 2025
Que faire la nuit en urgence avec un patient en soins palliatifs ?
Guide complet pour gérer une urgence nocturne en soins palliatifs. Protocoles médicamenteux, contacts d'urgence et gestes essentiels

Face à la détresse nocturne d'un proche en soins palliatifs, près de 70% des familles se retrouvent démunies, sans savoir comment réagir efficacement. Cette situation d'urgence nocturne peut transformer une nuit en véritable cauchemar pour les aidants et le patient. Fort de son expérience en milieu hospitalier et en soins à domicile, Samana SPERANDIEU, infirmière indépendante à Floreffe, vous guide à travers les gestes essentiels pour gérer ces moments critiques avec sérénité et efficacité.

Ce qu'il faut retenir :

  • Appelez immédiatement le 1733 (garde médicale belge) et prévenez PalliaNam : l'évaluation médicale prend en moyenne 45 minutes avec orientation vers consultation ou visite à domicile selon la gravité
  • Le trio médicamenteux d'urgence (Midazolam 5-15mg + Morphine 10-20mg + Glycopyrolate 0,5mg) peut être administré toutes les 10-15 minutes, maximum 3 fois avant réévaluation médicale obligatoire
  • Distinguez la phase pré-agonique (pouls rapide et filant, cyanose péribuccale, marbrures aux genoux) potentiellement réversible de la phase agonique irréversible (coma aréactif, disparition du réflexe cornéen)
  • Gardez à domicile un kit d'urgence complet : Morphine 10mg/ml et 50mg/5ml, Midazolam 5mg/ml, Halopéridol 2mg/ml, aiguilles épicraniennes et seringues de 1 à 10ml

Reconnaître les signes d'urgence palliative nocturne

La nuit, lorsque les équipes médicales habituelles ne sont plus disponibles, il devient crucial de savoir identifier les signes de détresse nécessitant une intervention immédiate. Une détresse respiratoire se manifeste par une respiration laborieuse, des pauses respiratoires inquiétantes ou un encombrement bronchique important avec râles audibles.

Les situations d'urgence incluent également les hémorragies massives, visibles au niveau de la bouche, du nez ou des plaies, les douleurs incontrôlables malgré les traitements habituels, une anxiété intense avec agitation motrice, ou encore des crises convulsives. Ces symptômes nécessitent une action rapide et coordonnée pour soulager le patient et éviter une escalade de la détresse.

Il est essentiel de différencier la phase pré-agonique, potentiellement réversible, de la phase agonique irréversible. La première se caractérise par une fatigue intense, un état grabataire avec un score PPS inférieur ou égal à 20%, un effacement des sillons naso-géniens, une mâchoire tombante et un regard fixe aux yeux vitreux. Sur le plan cardiovasculaire, on observe un pouls rapide et filant, une tension fluctuante parfois élevée, une pâleur avec teint gris ou cireux, un refroidissement des extrémités, une cyanose péribuccale et des marbrures au niveau des genoux. L'évaluation selon l'échelle RASS-PAL, allant de +4 (combatif) à -5 (non réveillable), permet de mesurer objectivement le niveau d'agitation ou de sédation du patient.

La phase agonique irréversible se distingue par des signes cliniques spécifiques : coma aréactif, hypotonie complète, possibles clonies, dyskinésies ou contractures, disparition du réflexe cornéen et fréquence cardiaque diminuée avec un pouls quasiment imperceptible.

À noter : Les critères d'admission d'urgence en soins palliatifs permettent des hospitalisations depuis le domicile en soirée et nuit, mais uniquement avec l'approbation de l'équipe de soutien palliatif (PST) et du superviseur médical. Cette procédure garantit une prise en charge adaptée même en dehors des heures ouvrables.

Identifier ce qui peut attendre versus ce qui nécessite une action immédiate

Certaines situations, bien qu'inconfortables, peuvent attendre le lendemain matin. Un encombrement bronchique léger sans détresse respiratoire, une légère augmentation de la douleur contrôlée par les médicaments disponibles, ou une anxiété modérée sans agitation majeure entrent dans cette catégorie.

En revanche, une urgence nocturne en soins palliatifs se reconnaît à des critères précis selon le score RUDKIN. Un patient qui ne peut plus déglutir ses médicaments antidouleur, qui présente des signes neurologiques inquiétants comme des clonies ou dyskinésies, ou qui manifeste une détresse respiratoire avec cyanose péribuccale nécessite une intervention immédiate.

Les critères précis d'intervention Pallidom incluent la présence d'un symptôme réfractaire à tout autre traitement, un décès imminent (dans les heures ou jours, maximum une semaine), et le consentement du patient présent ou anticipé, ou celui de son représentant légal.

Actions immédiates à réaliser en attendant les secours

Contacts d'urgence et coordination pour une nuit en soins palliatifs

La première étape consiste à composer le 1733, numéro de la garde médicale belge disponible de 18h à 8h en semaine et 24h/24 les week-ends et jours fériés. L'évaluation médicale dure en moyenne 45 minutes, avec orientation vers une consultation au poste de garde ou une visite à domicile selon l'évaluation de la gravité. Pour la région de Floreffe, vous serez orienté vers GAMENA (Garde Médicale Namuroise) dont le poste médical se situe Chaussée de Liège 654C à Jambes.

Simultanément, prévenez l'équipe de soutien palliatif de seconde ligne. Pour la province de Namur, PalliaNam assure cette coordination et peut mobiliser rapidement des ressources spécialisées. Le service Pallidom, accessible 24h/24, évalue la situation en moyenne en 45 minutes et déploie si nécessaire un binôme médecin-infirmier équipé pour intervenir à domicile.

Gestion du stress et rassurement des familles

Maintenir un environnement calme et sécurisant constitue une priorité absolue. Baissez les lumières vives, limitez les allées et venues dans la chambre, et parlez d'une voix douce et apaisante. Expliquez clairement chaque action entreprise aux proches présents pour éviter la panique et les rassurer sur la prise en charge.

La documentation laissée au chevet du patient par l'équipe soignante habituelle devient alors précieuse. Ces directives écrites guident non seulement les familles mais aussi les intervenants d'urgence qui ne connaissent pas le patient, facilitant ainsi une prise en charge adaptée et respectueuse des souhaits exprimés.

Exemple concret : Madame Dupont, 78 ans, en phase terminale d'un cancer pulmonaire, présente à 2h du matin une détresse respiratoire avec encombrement bronchique important. Sa fille, paniquée, appelle le 1733. Grâce aux directives anticipées laissées par l'infirmière, elle peut préciser au médecin de garde que sa mère souhaite rester à domicile et qu'un protocole de détresse est disponible. Le médecin la guide alors par téléphone pour administrer le Glycopyrolate 0,5mg en sous-cutané en attendant l'équipe Pallidom qui arrive 35 minutes plus tard avec le matériel nécessaire pour installer une perfusion continue de Midazolam.

Application des protocoles médicamenteux d'urgence nocturne palliatifs

Protocole de détresse standard

Le trio médicamenteux d'urgence constitue la pierre angulaire de la gestion des crises nocturnes. Il comprend le Midazolam (Dormicum) à raison de 5 à 15mg, la Morphine dosée entre 10 et 20mg, et le Glycopyrolate (Robinul ou Scopolamine) à 0,5mg. Ces médicaments peuvent être administrés par voie sous-cutanée ou intraveineuse, souvent dans la même seringue pour une action rapide. L'injection peut être renouvelée toutes les 10 à 15 minutes, maximum 3 fois, puis une réévaluation avec le médecin est obligatoire si aucune amélioration n'est constatée.

Les dosages doivent être adaptés selon l'âge du patient. Pour les moins de 75 ans, le calcul se fait à 0,1mg/kg de Midazolam, soit 6mg pour un patient de 60kg. Au-delà de 75 ans ou en cas de fragilité importante, la dose est réduite à 0,05mg/kg, soit 3mg pour le même poids. Pour les patients déjà sous benzodiazépines, l'adaptation des doses est nécessaire : 10mg en sous-cutané si le patient prend des benzodiazépines 2 fois par jour, 15mg en sous-cutané s'il en prend 3 fois par jour ou plus.

Surveillance et ajustement en urgence nuit soins palliatifs

L'efficacité du protocole s'évalue rapidement : le patient doit se calmer et s'endormir dans les 10 minutes suivant l'injection. Les signes d'amélioration souhaités incluent l'absence de réaction aux stimuli, un visage détendu, un repos paisible et une respiration calme et régulière. À l'inverse, les signes non souhaités nécessitant une réévaluation sont le réveil aux stimuli, l'agitation persistante, un visage crispé ou grimaçant, et des gémissements continus.

Il est impératif de contacter le médecin prescripteur ou de garde dès la première injection du protocole de détresse. Cette communication permet d'ajuster les doses si nécessaire et d'anticiper les besoins pour les heures suivantes. Chaque intervention doit être minutieusement documentée dans le dossier médical, incluant l'heure d'administration, les doses utilisées et la réponse du patient.

  • Notez l'heure exacte de chaque injection et la réponse observée
  • Surveillez les signes vitaux : respiration, pouls, réactivité
  • Documentez tout changement dans l'état du patient
  • Conservez une copie des prescriptions d'urgence à portée de main

Conseil pratique : Préparez à l'avance un kit d'urgence complet comprenant les médicaments injectables prioritaires (Morphine 10mg/ml et 50mg/5ml, Midazolam 5mg/ml, Halopéridol gouttes 2mg/ml), les aiguilles épicraniennes pour administration IM/IV/SC, des seringues de 1, 2, 5 et 10ml, ainsi qu'un infuseur élastomérique à débit fixe de 5cc/h. Rangez ce matériel dans une boîte clairement identifiée et facilement accessible, avec les protocoles d'urgence plastifiés.

Suivi post-urgence et coordination des soins palliatifs nocturnes

Une fois la crise nocturne maîtrisée, l'intensification de la fréquence des visites domiciliaires devient nécessaire. Cette surveillance accrue permet d'anticiper de nouvelles situations d'urgence et de rassurer tant le patient que ses proches sur la continuité des soins.

L'anticipation avec le patient et sa famille de l'attitude à adopter lors de futures complications nocturnes constitue une étape cruciale. Cette discussion, menée dans le calme et la sérénité, permet de définir clairement les souhaits concernant le maintien à domicile versus une éventuelle hospitalisation, l'utilisation de la sédation profonde continue (administration 24h/24 par voie sous-cutanée avec pousse-seringue de Midazolam 30-100mg/24h, visant à maintenir le patient endormi jusqu'au décès), ou encore les limites thérapeutiques souhaitées.

La coordination avec les équipes spécialisées assure une continuité optimale des soins. Les équipes mobiles de soins palliatifs, composées d'infirmières spécialisées travaillant avec les équipes médicales, ont pour mission l'écoute des patients, la compréhension de leurs besoins et la mise en place de solutions pour améliorer leur qualité de vie. Elles interviennent en moyenne dans les 45 minutes suivant l'appel et apportent non seulement une expertise technique mais aussi un soutien psychologique essentiel pour traverser ces moments difficiles.

La réévaluation du matériel d'urgence disponible au domicile s'impose après chaque crise. Un kit complet doit comprendre les médicaments injectables prioritaires (Morphine, Midazolam, Halopéridol), le matériel d'injection (seringues, aiguilles épicraniennes), et les dispositifs spécialisés comme les infuseurs élastomériques pour une administration continue si nécessaire.

Face à l'urgence nocturne en soins palliatifs, la préparation et la coordination font toute la différence. Samana SPERANDIEU, infirmière indépendante à Floreffe, accompagne les familles dans ces moments délicats avec professionnalisme et humanité. Disponible 24h/24 et 7j/7, elle apporte son expertise en gestion de la douleur, administration des protocoles d'urgence et coordination avec les équipes spécialisées. Sa connaissance approfondie des réseaux de soins palliatifs namurois et son approche personnalisée garantissent une prise en charge optimale, même dans les situations les plus critiques. Si vous résidez dans la région de Floreffe et cherchez un accompagnement professionnel pour un proche en soins palliatifs à domicile, n'hésitez pas à la contacter pour bénéficier d'un soutien adapté à vos besoins spécifiques.